Sexologie
14 février 2019 La Libre, La DH

"Slow sex" : mode d'emploi

Tout ce qui est un passage obligé est source de contrariétés. Mais on peut contrer cela sous la couette...

On court, on court du matin au soir et dans tous les domaines, achevant chaque tâche avec efficacité, productivité, stress c'est selon, avant de passer à l'autre. Résultat, on se retrouve au lit le soir avec son partenaire entre les bras (ou même pas) et la pression insidieuse de la performance à l'esprit. Fatigué(e), mou du slip ou de la culotte avec des « il faut que » plein les neurones.

« N’auriez-vous pas envie de faire une pause pour vous déconnecter de tout et de retrouver pleinement votre partenaire ? », interroge en préambule la sexologue Marie Tapernoux. Parce qu'elle a une idée derrière la tête la pro : nous amener à penser au sexe différemment, de manière plus consciente, en débranchant son cerveau en quelque sorte. Et cette façon de voir s'appelle le slow sex » , soit sexe lent, une façon de faire portée par le sociologue italien Alberto Vitale depuis une dizaine d'années.

Pas de prise de tête

Mais d'abord, tenez-le vous pour dit : le slow sex, ce n'est pas prise de tête : il a « pour seul objectif de stopper toute forme de pression pour laisser toute la place aux sensations », explique Marie Tapernoux. « Et l'on se recentre sur ses sensations plus que sur la performance, sur le plaisir plus que sur la jouissance ».

L’important est de ressentir du bien-être en profondeur.

Mais pour ça, un préambule : se déconditionner de sa sexualité habituelle. Les retours sont plus qu’unanimes en la matière : on se reconnecte pleinement, avec une intensité déconcertante, dans un rapport d’altérité et d’égalité parce que chacun est à la fois actif et passif.

Tout bénéf' côté complexe

Les hommes qui ont souvent l'impression de porter la responsabilité de l’excitation et du plaisir de leur compagne trouveront dans ce rééquilibrage des rôles une façon de faire baisser la pression et la frustration. Le but est commun, partagé !

Et le quart de Belges ayant des complexes corporels, ou un problème de confiance en son corps, sa « beauté » découvrira peu à peu que la beauté idéale n'existe pas : c'est l'érotisme que l'on dégage en s'abandonnant qui fera monter l'autre au rideau et nourrira dans le même temps sa propre fantasmagorie. Que l'on ait des bourrelets, la peau flasque, des poils qu'on déteste... lorsqu'on lâche prise, c'est gagné.

Du temps

Concrètement, la règle d'or du slow sex c'est de prendre son temps, pour redécouvrir l'entièreté du corps de l'autre. Comme si on ne l'avait jamais connu. Pour ce faire, changer ses habitudes permet d'aborder ces moments amoureux autrement : on envoie les enfants chez leurs grands-parents, on se met au lit (ou ailleurs) avant le repas par exemple. Et on ne laisse pas la « solennité » des préambules prendre le dessus : « L’ambiance peut aider : bougies, massages, matières diverses, musiques, tenue différente… tout cela aidera à lâcher davantage prise, à être « autre » et à agir différemment », propose Marie Tapernoux.

Le massage est une bonne entrée en matière. Et si vous ne trouvez pas ça très excitant au début, ça n'est pas un souci car cela va vous mener à des comportements différents, à explorer des zones auxquelles vous n'aviez pas pensé avant. Le contact par les yeux est également une bonne façon d'être dans le moment : capter le regard, regarder l'autre faire est très troublant. De même que la lenteur des caresses.

L'autre précepte du slow sex c'est que l'orgasme n'est pas la fin en soi : mieux vaut passer du temps dans un état orgasmique (intensément agréable) plutôt que de rechercher absolument l'orgasme (le sien ou celui du/de la partenaire) en allant droit au but sans jamais l'atteindre !

« Cela peut sembler évident mais, avec le temps, on en oublie l’essentiel : la pénétration n’est pas le but ultime ! Elle ne devient alors qu’une option dans ce voyage sensoriel »,

martèle Marie Tapernoux. Car les images de performance véhiculées par les films porno notamment ont désormais la vie dure dans beaucoup d'esprits.

Réactiver l'érotisme

Bien sûr, on ne change pas d'une vie sexuelle cahotique ou peu satisfaisante pour un nirvana érotique du jour au lendemain. Et rien n'empêche évidemment la spontanéité et les « quickies » !

L'expérience de cette nouvelle façon de faire se fera pas à pas : « On y va progressivement. C’est au fil des caresses que la tête se déconnectera, lâchant les préoccupations quotidiennes pour ressentir, en toute légèreté, les sensations procurées. Les différents sens sont alors activés, ressentant avec sa peau, ses mains, ses yeux, sa bouche ce contact cutané avec le corps de l’autre. La réciprocité qui émane de ces moments permet de décupler les bénéfices, l’attention à l’autre allant alors de soi », poursuit Marie Tapernoux.

Cette douceur et ce plaisir intense sans jugement peuvent également avoir une vertu thérapeutique : « Après une période délicate comme après une grossesse, une maladie ou encore en péri-ménopause, elle permet de redécouvrir son propre corps et celui de l’autre, car n’oublions pas que la sexualité évolue tout au long de la vie », conclut la sexologue.

Avec le slow sex, c’est l’érotisme en lui-même qui est activé, permettant d’identifier les besoins et préférences de chacun. « Cette écoute à l’autre, bien trop souvent sabotée par des projections diverses et variées, permet de se redonner ses modes d’emploi respectifs ». Et redécouvrir à quel point il est juste bon de laisser le désir monter par tous les sens et d'être entièrement présent à soi et à l'autre.

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